[Défi Goncourt] Les Prépondérants – Hédi Kaddour **(*)

9782070149919

En 1922, une équipe de tournage débarque à Nahbès, petite ville du Maghreb. Cette intrusion hollywoodienne, synonyme de modernité et de de liberté, bouleverse le quotidien des habitants et avive les tensions entre les notables traditionnels, les colons français et les jeunes nationalistes. De la collusion entre ces mondes et ces cultures naissent des destins et des histoires d’amour (éditeur).

Dès que je l’ai commencé, ça m’a passionnée. Le voyage dans le temps et l’espace, le dépaysement, l’évasion, tout contribuait à en faire un lecture marquante.

Même l’écriture (très) dense d’Hédi Kaddour n’entravait pas le plaisir de suivre ces personnages qui se rencontraient et se découvraient, s’apprivoisaient presque.

Puis, aux trois quarts environ, j’ai commencé à peiner.

L’histoire était toujours intéressante, le style élégant et les personnages attachants, mais ça devenait un peu longuet.

Heureusement une fin rythmée et réussie est venue me réconcilier avec ce livre dont j’aurais gardé un souvenir en demi-teinte quelques pages plus tôt.

Publicités

[Défi Goncourt] Eva – Simon Libérati

51gAByQyfiL._SX312_BO1,204,203,200_Un soir de l’hiver 1979, quelque part dans Paris, j’ai croisé une femme de treize ans dont la réputation était alors « terrible ».
Vingt-cinq ans plus tard, elle m’inspira mon premier roman sans que je ne sache plus rien d’elle qu’une photo de aparazzi. Bien plus tard encore, c’est elle qui me retrouva à un détour de ma vie où je m’étais égaré.
C’est elle la petite fée surgie de l’arrière monde qui m’a sauvé du labyrinthe et redonné une dernière fois l’élan d’aimer.
Par extraordinaire elle s’appelle Eva, ce livre est son éloge.

Simon Liberati

Il est toujours difficile de parler d’un livre qu’on a abandonné.

Me concernant, j’ai toujours l’impression d’être injuste, de n’avoir pas compris l’auteur, de ne pas avoir donné sa chance à l’œuvre.

Pourtant, je m’y suis mise deux fois, j’ai abandonné deux fois.

Je ne connaissais ni Simon Liberati ni Eva Ionesco avant d’aborder le roman, qui n’en est pas tout à fait un. Je ne connaissais pas leur(s) vie(s), entre trash, violence et furie.

Ils se sont retrouvé, ils s’aiment, il écrit sur elle, elle le passionne, le transcende, mais il n’a pas réussi à me le faire partager.

Le portrait, par petites touches, de cette femme à l’enfance brisée par une mère qui l’a surexposée, écrit par un auteur qui était au fond de son gouffre, aurait pu être poignant, sûrement. Je n’ai pas réussi à m’y intéresser.

[Défi Goncourt] Au pays du p’tit – Nicolas Fargue °

41S2E01vT6L._SX340_BO1,204,203,200_J’enseigne la sociologie à l’université et j’ai 44 ans. Je viens de publier une étude violemment critique sur la culture et les moeurs françaises et je n’accorde plus d’importance à grand-chose dans la vie. Sauf, peut-être, aux femmes et aux voyages. Je dis peut-être parce que ce n’est pas aimer les femmes que de jouer avec leurs sentiments à des fins exclusivement prédatrices. Quant aux voyages, si c’est par haine de mon propre pays que j’y consens, je n’en vois pas l’intérêt non plus. (Editeur)

Que ce fût pénible.

L’auteur, dans son confort germanopratin, se regarde écrire comme d’autres s’écoutent parler. Il n’a de cesse d’étaler critiques et théories sur la France, ce « pays du p’tit » et ses travers qu’il juge sévèrement et parfois caricaturalement.

Bien que le livre se prétende être un roman, j’ai eu l’impression tout le long que l’auteur s’en servait de prétexte pour déverser ses arguments plus ou moins honnêtes intellectuellement, comme si derrière un personnage, on lui en voudrait moins.

Ce sentiment ne m’a pas lâchée ; alors qu’un essai constructif aurait peut-être pu capter mon attention, j’ai eu l’impression d’assister à une guerre menée par un combattant masqué par peur de représailles. « Ce n’est pas moi, c’est mon personnage ».

Bref, soit je suis passée à côté, soit c’est lui.

[Défi Goncourt] Retiens ma nuit – Denis Tillinac **

414gieObjRL._SX305_BO1,204,203,200_Médecin de campagne, François promène sa langueur à l’ombre du château de Chaumont. Hélène dilue son désenchantement dans la galerie d’art qu’elle tient à Blois, au bord de la Loire. Ils ont tous deux passé la soixantaine, sont mariés, ont des enfants au bout du monde ou au bord du divorce, et des parents en EHPAD ou au cimetière. Quand, à l’âge de tous les crépuscules, un amour printanier les surprend dans le huis clos de la bourgeoisie blésoise, ils s’y vouent corps et âme, dans une clandestinité qui les protège et les emprisonne. Sous la plume tendre et malicieuse d’un expert en nostalgies, l’histoire de leur liaison passionnée devient aussi celle, douce et cruelle, d’une génération – les enfants paumés du baby-boom. (Editeur)

Voilà une jolie petite histoire, l’amour tardif de deux sexas qui se rencontrent, s’aiment, se révèlent.

Si le titre rappelle une chanson de Johnny, il m’évoque aussi la Maladie d’Amour, qui lui est contemporaine.

Inscrite dans une région joliment dépeinte par l’auteur, agrémenté d’escapades entre Paris, Cahors et Charolles, l’histoire de leur amour est aussi celle de leur vie, de leurs désillusions, de leurs conformismes, de leur oubli de soi. Et de leur envie de vivre, finalement.

[Défi Goncourt] Un papa de sang – Jean Hatzfeld ***

HATZFELD Jean COUV Un papa de sang

Jean Hatzfeld revient sur les collines de Nyamata, au bord de ses marais, vingt ans après le génocide. Il donne la parole ici non plus aux tueurs et aux rescapés dont les récits peuplaient ses précédents livres, mais à leurs enfants. Un papa de sang est son cinquième livre écrit à Nyamata. Ils n’ont pas connu les machettes, mais ont grandi dans leur souvenir. Ils s’appellent Idelphonse, Fabiola, Immaculée, Fabrice, sont lycéens, couturiers ou agriculteurs. Ils partagent le génocide en héritage, mais pas du tout la même histoire familiale. (éditeur)

Si Jean Hatzfeld a beaucoup écrit sur le génocide rwandais, c’était la première fois que je le lisais.

Un sujet neuf pour moi, duquel j’avais beaucoup à apprendre. J’avais 12 ans en 1994.

Le récit de ces fils et filles de tueurs ou de rescapés, est livré par témoignages poignants recueillis par l’auteur, qui s’alternent avec des chroniques de la vie quotidienne dans cette région qui a connu l’enfer, qui la façonne encore aujourd’hui.

Le génocide est dans tous les esprits, il est tu par honte ou par crainte, et ces jeunes adultes ont dû se construire avec son fantôme, et ceux de tous les disparus.

C’est un livre fort et poignant que nous offre Jean Hatzfeld, notamment parce que le prisme du regard de ces « héritiers » apporte une dimension particulière à l’évocation d’un drame hors norme.