[Défi Goncourt] D’après une histoire vraie – Delphine de Vigan ***

2015-06-jaquette-vigan-histoire-vraie-12_1« Tu sais parfois, je me demande s’il n y a pas quelqu’un qui prend possession de toi. »

C’est peu dire que je ne m’attendais pas à ça !

Mise en abîme captivante et prenante, on plonge avec le personnage dans un thriller psychologique.

C’était mon premier livre de Delphine de Vigan, et j’ai été totalement happée par l’histoire, manifestement autobiographique, écrite d’après une histoire vraie…. à moins que ?

Cette plongée à la suite de l’auteur entre réel et fiction, aurait pu être banale. Ecrire sa dépression, sa perte de repère après un succès littéraire hors norme, imprévu, démesuré.

Delphine de Vigan, sous le patronage de Stephen King qu’elle met en exergue, en fait un exercice très réussi qui mêle un thriller psychologique angoissant, parfois dérangeant, et l’analyse du rapport entre fiction et réel.

C’est un livre qui tient son lecteur, et qu’il faut lire absolument jusqu’à la FIN*.

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[Défi Goncourt] Retiens ma nuit – Denis Tillinac **

414gieObjRL._SX305_BO1,204,203,200_Médecin de campagne, François promène sa langueur à l’ombre du château de Chaumont. Hélène dilue son désenchantement dans la galerie d’art qu’elle tient à Blois, au bord de la Loire. Ils ont tous deux passé la soixantaine, sont mariés, ont des enfants au bout du monde ou au bord du divorce, et des parents en EHPAD ou au cimetière. Quand, à l’âge de tous les crépuscules, un amour printanier les surprend dans le huis clos de la bourgeoisie blésoise, ils s’y vouent corps et âme, dans une clandestinité qui les protège et les emprisonne. Sous la plume tendre et malicieuse d’un expert en nostalgies, l’histoire de leur liaison passionnée devient aussi celle, douce et cruelle, d’une génération – les enfants paumés du baby-boom. (Editeur)

Voilà une jolie petite histoire, l’amour tardif de deux sexas qui se rencontrent, s’aiment, se révèlent.

Si le titre rappelle une chanson de Johnny, il m’évoque aussi la Maladie d’Amour, qui lui est contemporaine.

Inscrite dans une région joliment dépeinte par l’auteur, agrémenté d’escapades entre Paris, Cahors et Charolles, l’histoire de leur amour est aussi celle de leur vie, de leurs désillusions, de leurs conformismes, de leur oubli de soi. Et de leur envie de vivre, finalement.

Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre ****

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Rescapés du chaos de la Grande Guerre, Albert et Edouard comprennent rapidement que le pays ne veut plus d’eux.
Malheur aux vainqueurs ! La France glorifie ses morts et oublie les survivants.
Albert, employé modeste et timoré, a tout perdu. Edouard, artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », est écrasé par son histoire familiale. Désarmés et abandonnés après le carnage, tous deux sont condamnés à l’exclusion. Refusant de céder à l’amertume ou au découragement, ils vont, ensemble, imaginer une arnaque d’une audace inouïe qui mettra le pays tout entier en effervescence… Et élever le sacrilège et le blasphème au rang des beaux-arts.

Bien au delà de la vengeance et de la revanche de deux hommes détruits par une guerre vaine et barbare, ce roman est l’histoire caustique et tragique d un défi à la société, à l’Etat, à la famille, à la morale patriotique, responsables de leur enfer. Dans la France traumatisée de l’après guerre qui compte son million et demi de morts, ces deux survivants du brasier se lancent dans une escroquerie d’envergure nationale d’un cynisme absolu. (Editeur)

Depuis quelques déceptions successives, j’avais cessé de lire les Goncourt.

Mais celui-ci recevait des éloges de toutes parts, et sorti en août 2013 il a bénéficié du  contexte commémoratif de la Première Guerre Mondiale, qui commençait juste.

J’ai énormément aimé ce livre, poignant, bouleversant, parfois révoltant, quelques fois drôle aussi, toujours juste.

Une histoire d’amitié, une histoire d’homme, une histoire de la France aussi.

De ces livres qui vous marquent une vie de lecteur.

A l’occasion de sa sortie en Livre de poche, foncez sur ce grand livre !

Je vais mourir cette nuit – Fernando Marías ***

 «Je me suis suicidé il y a seize ans. C’est un laps de temps plus que suffisant pour que vous m’ayez oublié, Delmar, ou tout au moins pour que se soit estompée la précision de vos souvenirs.» 

Ainsi commence la lettre-fleuve déposée le 24 décembre 1990 à l’attention d’un homme déchu. Elle a été écrite en prison seize ans auparavant par un trafiquant d’art de haut vol, membre d’une organisation secrète, arrêté par le dénommé Delmar alors jeune et brillant commissaire de police. Avant de mettre fin à ses jours, l’homme a imaginé une vengeance terrible : détruire à petit feu son ennemi en soumettant son existence, sans qu’il en ait jamais le soupçon, à une manipulation de tous les instants. La perversion machiavélique de l’auteur de la missive n’a d’égale que la virtuosité de celui du livre : toutes deux participent à la réussite de ce roman glaçant, impressionnant de violence et d’audace. (éditeur) 

Really, it ROCKS ! 

C’est un livre court mais efficace. 

Une lettre, écrite et reçue à 16 ans d’intervalle. 

L’auteur s’est suicidé apres l’avoir écrite. Et pourtant elle contient toute sa vengeance, froide et implacable. 

La forme ramassée sert le fond très dense. 

Une performance ! 

Comment les grands de ce monde se promènent en bateau – Mélanie Sadler ***

Un vieux prof d’Histoire précolombienne, Davier Leonardo Borges, rendu soudain fringant par une mystérieuse découverte ; son collègue stambouliote qui fouine dans les mosquées à la tombée de la nuit ; un manuscrit turc du XVIe siècle dans lequel, anachronisme insensé, une déesse aztèque se pavane ; et un sultan, Suleyman le Magnifique, qui confie pour la première fois son terrible secret. Leur point commun ? Etre au coeur d’une incroyable supercherie dont la révélation pourrait bien changer notre regard sur l’Histoire officielle. 

Des couloirs de l’université de Buenos Aires au palais de Topkapi, entre parchemin codé et crypte secrète, Mélanie Sadler mêle avec beaucoup de virtuosité fantaisie littéraire et roman d’aventure. Ce livre emprunte aussi bien à Borges qu’à Hergé dans le seul dessein de nous mener tous sacrément en bateau. (Éditeur) 

C’est la couverture qui m’a attirée. Le profil de l’auteur aussi. 27 ans, premier roman.

Et puis voyager de Tenochtitlan à Topkapi, c’est une offre qui ne se refuse pas.

Si les personnages principaux sont finalement secondaires, c’est l’Histoire le premier personnage de ce roman.

Et si … On s’était trompé ? Si on nous avait trompé ? Et si les grands de ce monde avaient parcouru les océans …?

L’écriture est dynamique, la narration parfois légèrement déroutante, mais il y a un vrai plaisir à lire cette langue moderne et tonique.