Fouché – Stefan Zweig

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Joseph Fouché (1759-1820) a servi et manipulé la République, le Directoire, le Consulat, l’Empire, la Monarchie. Impavide et sagace, il enfila la trahison comme une seconde peau. Il passa de l’Eglise à la Révolution et de la Révolution au pillage d’églises. Il vota la mort de Louis XVI après s’être prononcé pour sa grâce. Ministre de la Police à la tête d’une armée de mouchards, il fascinait et inquiétait Bonaparte. Il mêla ses affaires à celles de l’Etat et devint richissime. Zweig ne diabolise pas Fouché. Il sonde ce que Balzac appelait son  » singulier génie « . Il éclaire aussi des enjeux plus contemporains : la politique est très rarement le domaine du bien, mais plutôt celui du crime, perpétré par des diplomates  » aux mains prestes, aux mots vides et aux nerfs glacés « 

Premier contact avec les biographies de Stefan Zweig, sur un personnage qui me fascine. J’avoue l’avoir lue facilement et rapidement, notamment grâce au style de l’auteur qui sert extrêmement bien le portrait ambivalent de son sujet.

Cette lecture s’inscrit dans le cadre du challenge « Sur les traces de Stefan Zweig » proposé sur le blog de Miss Alfie.

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Les derniers jours de nos pères de Joël Dicker ***°

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Londres, 1940. Soucieux de pallier l’anéantissement de l’armée britannique à Dunkerque, Winston Churchill décide de créer une branche particulière des services secrets, le Special Operations Executive (SOE). Elle lui sera directement rattachée, et chargée de mener des actions de sabotage et de renseignement à l’intérieur des lignes ennemies. Tous ses membres seront issus des populations locales pour être insoupçonnables. Du jamais vu jusqu’alors.

En se lançant dans ce livre, nous sommes très très loin de « la vérité sur l’affaire Harry Québert ».

A tous points de vue. Harry Québert est bien rythmé, du début à la fin, « les derniers jours de nos pères » met du temps à prendre un certain rythme pour ne pas dire un rythme certain.

Le début est un peu longuet, la mise en place des personnages recrutés par le SOE est lente, leur formation semble s’éterniser.

Puis, d’un coup, leur histoire s’accélère au fur et à mesure que les divers protagonistes sont envoyés en France, pendant la guerre.

On les a connus fragiles et innocents, on les suit lorsqu’ils deviennent des hommes et on espère les voir revenir, chacun, les uns après les autres, jusqu’à la libération, jusqu’à ce que d’Hommes, ils acquièrent le statut de Héros. A nos yeux en tous cas, car bien évidemment, ce n’est pas leur sentiment.

Il faut avoir le courage de dépasser une bonne grosse première moitié du livre, certes lente mais nécessaire à la compréhension de chaque protagoniste que l’on va suivre, pour entrer pleinement dans le livre. Et une fois cette partie dépassée, alors on ne lâche plus l’histoire (l’Histoire ?) jusqu’à la fin.

Parce qu’il a une très belle écriture, de très beaux personnages, un vocabulaire que l’on aime, quelques extraits pour finir ce billet :

– Pars, fils, avait-il dit. Cours rejoindre ton père. Ce qui va t’arriver, aucun Homme ne le mérite.
– Les Hommes ne s’enfuient pas.
[…]
Alors Pal avait dévisagé fixement Calland. Dans ses yeux brillait la lumière du courage, ce courage des fils qui font le désespoir de leurs pères.

– Pourquoi tu ne m’appelles jamais Doff ?
– Parce qu’Adolf, c’est un beau prénom. C’est pas parce que Hitler-du-cul t’a piqué ton prénom qu’il faut en changer. Tu sais combien y a d’hommes dans la Wehrmacht ? Des millions. Alors, crois-moi, tous les prénoms du monde sont dedans. Pour un peu que t’ajoutes les collabos et la Milice, notre compte est définitivement bon à tous. Est-ce qu’il faut qu’on s’appelle par des noms que personne n’a salis, comme Pain, Salade ou Papier de chiotte ? T’aimerais que ton gamin s’appelle Papier de chiotte, toi ?

 

Evariste – François-Henri Désérable ****

product_9782070147045_195x320À quinze ans, Évariste Galois découvre les mathématiques ; à dix-huit, il les révolutionne ; à vingt, il meurt en duel. Il a connu Raspail, Nerval, Dumas, Cauchy, les Trois Glorieuses et la prison, le miracle de la dernière nuit, l’amour et la mort à l’aube, sur le pré.
C’est cette vie fulgurante, cette vie qui fut un crescendo tourmenté, au rythme marqué par le tambour de passions frénétiques, qui nous est ici racontée.

J’ai découvert l’auteur de 27 ans à La Grande Librairie, parler de son personnage, ce mathématicien de génie à la vie fulgurante.

Et contre toute attente, moi qui n’ait toujours entretenu avec les maths qu’une relation contrainte et distante, il m’a intéressée.

Et cet intérêt ne s’est pas démenti avec la lecture.

D’un ton résolument moderne, le narrateur entraîne une jeune femme sur les traces d’Evariste, génie que son temps n’a pas reconnu, que le nôtre a oublié, et qui pourtant a posé les bases de ce que sont les mathématiques modernes.

L’auteur réussi la performance de nous parler d’un mathématicien sans même comprendre le concept qu’il mit en place, ce dont il ne se cache pas.

Un très beau niveau de langue en outre, où des mots oubliés, mais si poétiques, côtoient des tournures littéraires enthousiasmantes.

Vieilles Maisons Vieux Papiers (tome 1) – G. Lenôtre ***

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Merveilleux conteur, historien fécond et original, Lenôtre (1855-1935) est aujourd’hui encore considéré comme un maître par de nombreux historiens. Son talent, son érudition, et son humour ont donné à plusieurs générations de lecteurs le goût de l’histoire. Formidables succès de librairie, maintes fois réédités, les six volumes de Vieilles maisons, vieux papiers n’ont pas pris une ride. Il y fait revivre le Paris révolutionnaire, à sa manière, celle d’un enquêteur qui arpente autant les vieilles maisons qu’il ne dépouille les vieux papiers. Ces textes, écrits avec brio et pleins de saveur, sont illustratifs de la méthode utilisée par Lenôtre pour raconter l’Histoire. Refaisant certains trajets effectués par les personnages historiques dont il traite, visitant minutieusement les lieux plein de mémoires, pour planter les décors exacts de ses récits, et retournant toujours aux archives, ses chers vieux papiers, pour vérifier ses hypothèses, l’historien Lenôtre s’est transformé en une sorte d’enquêteur du passé. Par la vie dont il fait frémir les scènes, par la précision du regard avec lequel il décrit les choses jusqu’aux détails, Lenôtre ne raconte pas le passé : c’est à la manière d’un témoin, qu’il nous convie à revivre des moments d’histoire. (Editeur)

Je n’ai pas grand chose à ajouter à cette présentation si ce n’est le plaisir que j’ai pris à redécouvrir simultanément Paris à l’époque révolutionnaire et les destins de ces personnages par un angle différent, par le petit côté de la lorgnette.

Celui qu’on appelle le « Pape de la petite histoire » nous sert la grande sur un plateau, il ne reste plus qu’à se servir, en un festin ou juste en picorant, selon l’appétit du moment.